Accueil Date de création : 27/11/07 / Dernière mise à jour : 04/04/08 22:15 / 17 articles publiés

Chronique #2  posté le mardi 27 novembre 2007 19:05

"Devenir mort" - Christophe Paviot
Par Antoine, pour CiteG


A la mort de son fils, une mère part à N.Y faire le tri de ce qu’il reste de lui, administrativement et humainement. Dans son appartement se plante un décor étrange, où le fils n’est pas le fils et où la mère n’est plus la mère. Une rencontre se passe, celle de deux réalités, et comment l’amour le plus évident peut reposer sur une imposture obligée et nécessaire.

La mère est un ventre immense, rond comme la terre, et le fait que le fils soit allé vivre à NY ne fut qu’un coup de pied à la surface de cette croûte maternelle. Sans cesse le cordon tendu par-dessus l’océan, comme une laisse organique. La mère voit le fils grandir de telle et telle façon, si bien qu’elle ne sait pas qui il est avant de ne conserver de lui que de vagues poignées d’eau. Le fils mort, elle peut distinguer ce qu’il en reste, ce qu’elle sait vraiment de lui.

a33e835767c287ff7d58f6f2a76a8b12.jpg « Devenir mort ». Devenir soi. Impérialisme souverain des disparus à cracher leur vérité froide. Ainsi, au même titre que la symbolique qui consiste à « tuer ses parents » pour exister tel qu’on est, il faudrait « tuer le fils » pour l’aimer tel qu’il est. Elle s’y attèle, doucement, avec application. Décortique ce fils étranger et fait la mise au point nécessaire pour en ressentir la moindre particule. Ce qu’elle y distingue ? Un homme gorgé de pulsions étranges et d’angoisses violentes, mental saturé d’une vie difficile à comprendre quand on l’a nourri au biberon. Elle appose lentement le calque. C’est lui qui se met à nu à travers sa disparition.

Premier des romans de Christophe Paviot biographiquement assumé (l’auteur pousse l’honnêteté de la démarche jusqu’à poser torse nu en couverture),
  « Devenir mort » trace le récit d’un fils prêt à écrire sa mort pour donner sa vérité, cri d’amour troublant à une mère et ce besoin d’être vu soudain. A travers ce portrait se dévoile à contre jour l’humanité et la légitimité d’une tendresse pudique : doucement les mots tissent un amour vrai et inconditionnel, loin de la pression d’une logique filiale mais simplement d’un individu à un autre.

Sur les lieux du crime, des témoins muselés par l’absence de corps et d’assassin. Avec « Devenir mort », Christophe Paviot orchestre sa disparition et invente le meurtre utile. Un aveu de vie.

+++Antoine


Prix éditeur : 18 euros
Editeur : Hachette Littératures
Date de parution :
 
10/01/2007
ISBN : 9782012372481
http://www.christophepaviot.com

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Chronique #1  posté le mardi 27 novembre 2007 19:02

"La dernière fille avant la guerre" - Chloé Delaume
Par Antoine, pour CiteG

 

La plume est là. Incisive. Corrosive. Maladive aussi, tellement le bouillonnement est fiévreux et obsessionnel. Vous lisez quelques lignes, l’écriture s’insinue dans le mental par une rythmique implacable. Les battements du cœur ont cette grammaire étrange et hoquète les syllabes. Sans cesse l’œil s’écorche sur une poésie froide et chirurgicale. Vous ne le savez pas encore, mais vous venez de rencontrer Chloé Delaume. Une écriture d’abord, puis un sens précis de l’autofiction. Chloé le dit elle-même : « Je suis un personnage de fiction ». Elle joue avec vous mais ne ment pas : elle s’est créée dans sa propre glaise.

fa3cccb1802d77374bdf3cfbc608bac8.jpg« La dernière fille avant la guerre » est un livre à tendance musical, publié chez Naïve, éditeur ascendant maison de disques. Il est ici question du groupe Indochine mais pas que. Et de Chloé, mais pas que. C’est avant tout l’histoire d’une rencontre, entre un auteur et un pan de la bande originale de son adolescence. Culture à la fois revendiquée et honteuse mais assurément constitutive (« J’ai compris que j’étais vivante puisque j’éprouvais du désir. Moi aussi j’aurais préféré que ce soit la faute à Wagner, manque de pot c’est tombé sur Nicolas Sirkis »), le récit s’articule dans une énergie quasi schizophrénique entre la voix de Chloé Delaume et celle d’Anne, moi pas si lointain du double-je habituel de l’auteur.

La musique a ce pouvoir de frapper à l’instinct, l’endroit suffisamment précis du cœur capable de relancer la machine. Ainsi, les pulsations d’Anne, ressuscitée par les musiques d’Indochine, achèvent de rendre à l’écriture de Chloé Delaume une âme franchement palpable et incarnée. Un texte précis et touchant, baignée d’une passion sincère et communicative.

«  J’avais envie de l’avoir en moi, cette chanson. De l’avoir au-dedans pour toujours, disponible et incorporée. Il me suffirait de vouloir et aussitôt mon sang se boiterythmerait pendant que je cours loin, très loin, le plus loin qu’il peut être possible sans que rien ne puisse m’arrêter ».

+++Antoine

Prix éditeur : 12 euros
Editeur : Naive
Collection : Naive Sessions
Date de parution : 16/03/2007
ISBN : 2350210995

http://www.chloedelaume.net

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