Accueil Date de création : 27/11/07 / Dernière mise à jour : 04/04/08 22:15 / 17 articles publiés

Chronique #6  posté le mardi 27 novembre 2007 19:09

Faut-il croire les mimes sur parole? – Céline Robinet
Par Antoine, pour CiteG

[Dans un futur proche, l'entité éditoriale « Diable Vauvert », en charge de la gestion stratégique des nouvelles ressources littéraires, développe une arme verbale dotée de sa propre conscience à l'aide d'une intelligence artificielle auto-évolutive. Devenu autonome, cette nouvelle arme, baptisée « Céline Robinet », se lance dans une véritable quête afin d'éradiquer la littérature fadasse.]

Ça pourrait être le synopsis d'un film, et pourtant, il s'agit là du parcours atypique d'une nouvelliste de talent, Céline Robinet. Née en 1977 du côté de Valenciennes, la jeune femme avait d'abord fait parler d'elle avec une première salve en 2005, son recueil Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur.mais prévenez les autres ! Elle revient avec un nouvel opus, Faut-il croire les mimes sur parole ? , mélange d'audace et de poésie, saturé d'un cynisme bienheureux.

370e1edc007e045651b81adbd0d73505.gif Il y a chez les nouvellistes, et a fortiori chez Céline, un côté Terminator. Précis. Efficace. Cartouches de cynisme accrochées à la ceinture, un humour aiguisé bien rangé dans son étui, chaque munition est vouée à atteindre la cible avec un enthousiasme sûr et millimétré. Les premières victimes sont achevées à la plume : personnages qu'elle manipule à sa guise dans des histoires décalées et inattendues. Les jeux de mots y sont imparables, et les embûches tendues sur le parcours de ces gens ordinaires n'en sont que plus extraordinaires, jamais sadisme n'aura été plus salutaire. Puis vient le tour du lecteur, plaisir jouissif à se retrouver dans la peau d'une Sarah Connor innocente au moment d'ouvrir la porte à cette écriture singulière et aiguisée. Toc toc. « Sarah Connor... ? », « Ouiiiii... ? ». On en sourit presque, l'instant d'après, à se retrouver sur le pas de notre porte, criblés de métaphores, tant les images et les mots sont recherchés et pointus, tant l'humanité y est vraie et toxique.

Avant de rendre un dernier souffle, votre doigt tremblant va pour écrire un message lugubre sur le carrelage. Trop tard. La place est déjà prise. Céline Robinet, accroupie dans la flaque rouge grandissante, y raconte probablement vos dernières heures. soyez rassurés, vous pouvez vous éteindre tranquille, parole de mime !

« Quand j'étais petite, je croyais que pour le ski nautique, il fallait des lacs en pente. À la mer, je buvais allégrement la tasse en rêvant avoir trouvé la source de jouvence. Après tout le sel conserve la viande. Les médecins devraient y penser dans les hospices. Et puis j'étais convaincue qu'en laissant fondre les flocons de neige sur ma langue, j'allais avoir accès aux souvenirs des montagnes, des arbres, des pierres, des groseilles, des biches, des autres êtres humains, bref de l'existence toute entière. »


Prix éditeur : 17,50 euros
Editeur : Diable Vauvert
Date de parution : 09/2007
ISBN : 978-2-84626-127-2

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Perso #2  posté le mardi 27 novembre 2007 19:09

J'ai fondé EALO en décembre 2006, après avoir nourri ce projet pendant plus d'un an et demi. Aboutissement de mon ressenti de bloggueur et de mon envie de partager des textes d'auteurs issus de scènes littéraires alternatives avec un plus grand nombre. 


    

 

« En attendant l’or » est une revue de création littéraire, publiée sous la forme d’un recueil de textes, vendue en librairie et FNAC. Elle réunit des auteurs (de premiers romans ou en quête d’éditeur) issus des scènes littéraires alternatives.Les scènes littéraires alternatives se sont mises en place sur le web, les blogs, dans le slam ou la scène musicale. Ces scènes voient l'émergence d'une quantité de jeunes auteurs, aux influences actuelles et singulières, des regards modernes qui ne se censurent pas, ni dans leurs thématiques ni dans leur ton.
« En attendant l’Or » défend des visions de jeunes auteurs, des plumes inconnues, des univers qui prennent la température du climat littéraire d'aujourd'hui et de demain.

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Chronique #5  posté le mardi 27 novembre 2007 19:07

Adieu la chair – Julia Kino
Par Antoine, pour CiteG
 

Une croix rouge délimite la source de l’ennui avec précision. Here. C’est comme ça qu’ils l’appellent. La ville dans laquelle ils grandissent. « Ils » c’est Anjelina, Ingo de Ring, Bianke, Aberdeen, Cœur-coupant et Malt. Ils ont entre seize et dix neuf ans. Leur adolescence infligée au reste de la ville comme la chute d’une météorite, ça tombe un jour du ciel, vitesse phénoménale avec laquelle se joue le drame : ils tuent. Sans raison. Sans plan précis. Comme ça pour voir, et puis très vite, parce que la suite s’impose dans l’élan.

3f37a2de138a5d41422c61da69aa5dc5.jpgS’en suit la fuite loin de Here, parce que ce serait simple d’y être découverts. Mais la bande de potes ne supporte pas d’autre percée dans l’atmosphère. Tout se disloque dans une cavale à Budapest. Les liens, la solidarité. C’est de la porcelaine balancée contre un mur. Anjelina reste là, fil conducteur de ce journal « à postériori » de l’apprentissage dingue de la vie, de l’amitié, de soi. 

« Adieu la chair » est le premier roman de Julia Kino, 20ans. Vous tournez les premières pages, sûr et certain qu’à vous on ne la fait pas. Elle a 20 ans quoi. Pis ça doit être un livre de fille quoi. Trop occupé à regarder droit devant, vous ne remarquez pas que la miss s’est glissée derrière vous et qu’elle bloque la sortie. Les bruits sourds que vous entendez à une cadence régulière ne sont pas les battements de votre cœur, mais le bruit de la barre de fer qu’elle cogne calmement dans la paume de sa main. Métronome brutal sur lequel elle a calqué le rythme de son écriture. Plus vous avancez, plus la plume est musclée et tendue. Vous lui appartenez.

Energie assurément constitutive de son écriture, Julia Kino a fait ses armes dans le slam et les paysages urbains. De la froideur du bitume et de sa sensibilité frontale, nait une écriture singulière, où chaque mot est craché comme après un combat. Rien n’est prononcé qui ne soit pas essentiel. Nous, lecteurs abreuvés d’une énergie franche et difficilement falsifiable, on imagine que Julia ressemble à son roman : entière et toute en collisions.

On dira de « Adieu la chair » qu’on y distingue les effluves d’un « Orange Mécanique » (le film culte d’Anthony Burgess) littéraire, subtilement suggéré au mental par les nuances de la couverture. Mais le cœur d’Anjelina saigne, l’Orange est organique. C’est là que l’originalité cogne. Un cri émerge avec rage de la succession de phrases courtes et haletantes avec lesquelles l’auteur compose son récit. La violence du texte est d’autant plus ébranlante qu’elle est humaine et sincère, sans concession. Sa vision de la vie, assurément.

  

Prix éditeur : 9 euros
Editeur : Sarbacane
Collection : Exprim’
Date de parution : 03/2007
ISBN : 284865158X

http://www.exprim-forum.com
Petit plus : Un texte inédit de Julia Kino, « Mes petits garçons », dans le volume 1 de la revue En attendant l’Or.

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Chronique #4  posté le mardi 27 novembre 2007 19:07

Raison basse – Collectif (Les caméras animales)

Par Antoine, pour CiteG


On ouvre l’ouvrage, on prend une ligne. Ici pas de poudre aux yeux, chaque gramme vaut son pesant d’audace. Mais pas question de s’enfoncer dans le confort d’un gentil shoot pépère. La bouffée délirante survient en rafale, jubilatoire et libératrice, tant l’objet qu’on tient dans les mains revêt des formes fécondes.
La faute à trente auteurs, réunis par les éditions Caméras Animales, au terme d’un travail de sélection minutieux mené depuis 2005, à travers le net, les revues et autres méthodes alternatives.


[ZOOM – Il y a longtemps] Les dinosaures ne jouent pas loin. Organismes littéraires barbotant dans le jus de la création, pas encore pourvus de genre et de raison, mais largement bien lotis à la loterie de l’évolution culturelle. Des mots se mangent entre eux jusqu’à l’indigestion, imposant le consensus tranquille permettant à chacun de s’épanouir mollement. Des scientifiques littéraires, œuvrant dans « une cellule de recherche sur les devenirs multiples de l’écriture » parviennent à remonter le temps et à plonger leurs mains dans cette boue verbale. Ils vont en extraire trente prélèvements, sans caractéristique commune autre que cette nature organique, protéiforme et vive qui génère l’écriture. Ils les mettent ensuite à l’abri, leur donnant les pages pour exister sans antagonismes mais dans un pur souci d’exploration de leur conscience propre. Trente textes donc, dont les singularités rappellent que les atomes de la littérature sont constitutifs d’une seule et même matière, celle du nous qui s’accouche au terme de l’ouvrage. « Raison Basse souhaite définitivement entériner la mort de genres littéraires périmés depuis longtemps ».

Raison basse est un retour aux origines, directement dans la flaque. Là où la possibilité des choses se joue encore. Sursauts vigoureux d’espoir d’une littérature contemporaine trop souvent fadassée par un système sclérosé, Raison basse est un manuel de désapprentissage à l’égard du lecteur moderne, un guide de survie pour qui a écouté d’une oreille démesurément attentive ses cours de français bien trop carrés. L’écriture contemporaine vit, pour qui sait « dé-lire ». Nécessité fondamentale de rendre sa liberté à une création cadenassée, Raison basse est un recueil utile. Utile et essentiel pour les auteurs de demain qui sauront s’autoriser.


+++Antoine

Prix éditeur : 16 euros
Editeur : Caméras Animales
Date de parution : 15/05/2007
ISBN : 2-9520493-5-1
www.camerasanimales.com

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Chronique #3  posté le mardi 27 novembre 2007 19:06

"Je sais que je ne suis pas seul" - Alexis Brocas

Par Antoine, pour CiteG

Romain est un garçon torturé, qui trouve l’apaisement dans les drogues, l’œuvre de Bret Easton Ellis, et les délires avec son pote Aymeric. « Dix sept ans et dix sept cent boutons », pas le droit de se plaindre puisque les pieds dans la bonne vie, c’est au-dedans que le décor s’effondre continuellement, sabordé par ces moments de l’adolescence qui échappent à tout contrôle. La vie dans une pension austère génère cette sensation de malaise permanent qui se formule la nuit dans son sommeil, où il s’échappe à travers des rêves dévorés de ténèbres inconscientes et organiques. Alternance d’une douceur froide et mélancolique avec un incendie brutal, les deux instances coexistent sans qu’on ne sache bien laquelle des deux tient l’autre. Quand les ténèbres prennent le pas sur le mental, plutôt que de courir et se mettre à l’abri, Romain s’avance d’un pas sûr dans le cauchemar et l’imaginaire. Loin de tout et pourtant, là bas plus qu’ailleurs le jeune garçon se sent vivre.

e7b6e68f8aa8c57df18584606eb51efc.jpg « Je sais que je ne suis pas seul » est le premier roman d’Alexis Brocas. Roman qui aurait pu être un recueil de nouvelles, si le tout n’avait pas été savamment lié par les scènes de quotidien d’un jeune adolescent perturbé tentant de reprendre son souffle. Véritables récits initiatiques, chaque nouveau rêve du garçon explore les différentes facettes de la solitude et du mal être, à travers les vies d’une galerie de personnages résonnant comme autant d’archétypes déments (la femme cachalot, la rock-star infernale, ... ).

L’autopsie de l’auteur révèle un attachement aux univers de Bukowski, de Lovecraft, de Kerouac ou de Poe d’un point de vue viscéral, ce qui n’est pas surprenant tant les obsessions douloureuses et noueuses sont communes dans le souffle. Alexis Brocas restitue avec une efficacité impeccable ce qu’il a hérité de son attachement à la littérature américaine : une énergie fantasmatique accolée à une réalité cassante. Il nous invite à une étrange messe noire, où les démons invoquent les vivants, où les cauchemars convoquent la réalité, où le fantastique sonne terriblement vrai. « Je sais que je ne suis pas seul » claque comme un aveu intime et aliénant dans une nuit qui ne s’achève pas avant la dernière page.


+++Antoine

 

Prix éditeur : 8,50 euros
Editeur : Sarbacane (collection Exprim’)
Date de parution :
 
mars 2007
ISBN : 2848651571
http://www.exprim-forum.com/

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