Faut-il
croire les mimes sur parole?
– Céline Robinet
Par Antoine, pour CiteG
[Dans un futur proche,
l'entité éditoriale « Diable Vauvert »,
en charge de la gestion stratégique des nouvelles ressources
littéraires, développe une arme verbale dotée
de sa propre conscience à l'aide d'une intelligence
artificielle auto-évolutive. Devenu autonome, cette nouvelle
arme, baptisée « Céline Robinet
», se lance dans une véritable quête afin
d'éradiquer la littérature fadasse.]
Ça pourrait être le synopsis d'un film, et pourtant,
il s'agit là du parcours atypique d'une nouvelliste de
talent, Céline Robinet. Née en 1977
du côté de Valenciennes, la jeune femme avait d'abord
fait parler d'elle avec une première salve en 2005, son
recueil Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur.mais
prévenez les autres ! Elle revient avec un nouvel opus,
Faut-il croire les mimes sur parole ? ,
mélange d'audace et de poésie, saturé d'un
cynisme bienheureux.
Il y a chez les
nouvellistes, et a fortiori chez Céline, un
côté Terminator. Précis. Efficace. Cartouches
de cynisme accrochées à la ceinture, un humour
aiguisé bien rangé dans son étui, chaque
munition est vouée à atteindre la cible avec un
enthousiasme sûr et millimétré. Les
premières victimes sont achevées à la plume :
personnages qu'elle manipule à sa guise dans des histoires
décalées et inattendues. Les jeux de mots y sont
imparables, et les embûches tendues sur le parcours de ces
gens ordinaires n'en sont que plus extraordinaires, jamais sadisme
n'aura été plus salutaire. Puis vient le tour du
lecteur, plaisir jouissif à se retrouver dans la peau d'une
Sarah Connor innocente au moment d'ouvrir la porte à cette
écriture singulière et aiguisée. Toc toc.
« Sarah Connor... ? », « Ouiiiii...
? ». On en sourit presque, l'instant d'après,
à se retrouver sur le pas de notre porte, criblés de
métaphores, tant les images et les mots sont
recherchés et pointus, tant l'humanité y est vraie et
toxique.
Avant de rendre un dernier souffle, votre doigt tremblant va pour
écrire un message lugubre sur le carrelage. Trop tard. La
place est déjà prise. Céline Robinet,
accroupie dans la flaque rouge grandissante, y raconte probablement
vos dernières heures. soyez rassurés, vous pouvez
vous éteindre tranquille, parole de mime !
« Quand j'étais petite, je croyais que pour le ski
nautique, il fallait des lacs en pente. À la mer, je buvais
allégrement la tasse en rêvant avoir trouvé la
source de jouvence. Après tout le sel conserve la viande.
Les médecins devraient y penser dans les hospices. Et puis
j'étais convaincue qu'en laissant fondre les flocons de
neige sur ma langue, j'allais avoir accès aux souvenirs des
montagnes, des arbres, des pierres, des groseilles, des biches, des
autres êtres humains, bref de l'existence toute
entière. »
Prix éditeur : 17,50 euros
Editeur : Diable Vauvert
Date de parution : 09/2007
ISBN : 978-2-84626-127-2







