Accueil Date de création : 27/11/07 / Dernière mise à jour : 04/04/08 22:15 / 17 articles publiés

Cassé - Christophe Paviot  posté le jeudi 24 janvier 2008 00:02

Par Antoine, pour PREF mag (en kiosque en février 08)

 

 


Le 20 février 1967, à Aberdeen, Kurt Cobain voit le jour. Le 5 avril 1994, à Seattle, Kurt Cobain se tire une balle dans la tête. Entre temps : il aura marqué l’histoire du rock grunge au travers des péripéties et chansons de son groupe Nirvana, aura franchement abusé des drogues et incarné tous les excès, aura épousé la vénéneuse Courtney Love et lui aura donné une fille, Frances. De l’incroyable destin du rocker torturé et hypersensible émergera une génération d’ados glorifiant sa mémoire, des bras à la peau laiteuse scarifiés de ses initiales, des esprits vierges déflorés au burin par les messages de cet humain de l’extrême pour qui la reprise du célèbre « il vaut mieux brûler franchement que s'éteindre à petit feu » prend valeur d’épitaphe.

 

Oui mais.

Que se serait il passé, si Kurt Cobain n’avait jamais rencontré le succès qui lui a tant coûté ? Que serait devenu l’enfant fragile d’Aberdeen si l’amertume et l’échec avaient été ses seules vraies rencontres dans l’univers rock? Usant du sillage de la balle encore chaud de la détonation, Christophe Paviot plonge ses mains dans l’interstice ouvert à la surface du crâne, et en extirpe la bouillie fumante qui compose son récit. L’écriture est suintante, dégoulinante, comme un flot ininterrompu de pensées sales. L’hémorragie est totale. En découle un portrait profondément incarné, où se réécrit l’une des plus grandes légendes des années 90, dans son entièreté et sa rage caractéristique. Chargé dans le barillet par un Paviot possédé, vous voilà à votre tour, braqué sur la tempe d’un Kurt anonyme, prêt à en exploser les rouages. Un livre écrit à même la chair. A même l’intime. Un roman désespéré et grand.

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La Voie Humide - Coralie Trinh Thi  posté le samedi 22 décembre 2007 23:53

Par Antoine, pour le magazine Sensitif

Livre dans les mains, le rose de la couverture coule dans la gorge, comme un sirop sucré. Le reste de la découverte, une explosion de saveurs, tantôt douces, tantôt acidulées. Un récit qu’on apprécie avec les cinq sens, assurément. Après le toucher, la vue et le goût, l’expérience se poursuit. L’écriture de Coralie Trinh
Thi ressemble à des volutes d’encens : précise, appuyée, enivrante. Sa voix intérieure, comme une invocation pressante, se dilue dans l’esprit pour vous conter son histoire. Celle d’une femme, devenue star de l’univers du porno dans une démarche de contre-emploi totale : là où les starlettes disparaissent dans une masse anonyme de chair moite et bouillonnante, Coralie cherche la vérité, sa vérité. Sur la vie, sur le sacré, sur les gens et sur leurs instincts, sur les rencontres aussi, celles qui se font sans masque, une humanité crue et désarmante, qu’elle va fouiller aux origines. Star du X, Coralie Trinh Thi est un écrivain au talent indéniable : son premier roman, Betty Monde (paru en 2002 aux Eds Diable Vauvert) avait marqué par sa force et sa puissance. « La voie Humide », bien plus qu’une biographie mais véritable récit de l’intime, construit comme une litanie mystique et initiatique, envoûte par sa sincérité et sa profondeur.

 

 

La Voie Humide - Coralie Trinh Thi
Eds Diable Vauvert

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Mix #1  posté le mardi 27 novembre 2007 19:13

Drôles de dames
Par Antoine, Pour CiteG 

Des quatrièmes de couverture qui s’alignent comme des avis de recherche. Trois « écrivaines » ont kidnappé la littérature. La rançon demandée ? Aucune, juste votre attention. Le rapt ici s’avère bien salutaire, car si la matière dérobée avait l’instinct molasse, ce qu’elles nous restituent est d’une énergie dingue et follement singulière. Des textes assurément dopés à la folie ordinaire, décomplexés par la liberté de ton de ces trois braqueuses du verbe. Quand la littérature prend l’air et sait se faire plaisir, on apprécie la cavale, et on espère que ça dure…


 

c0b6572282369a48d043bc9d0e88b1b5.jpgWANTED : Claire Fercak, 25 ans
Signe particulier :Possède un animal virtuel sur Facebook qui se nourrit de sushis
Casier littéraire : « Rideau de verre » Eds Verticales

L’écriture de Claire Fercak se nourrit d’interstices. Dans les entrebâillements de la conscience et les failles mentales. Son roman, « Rideau de verre », est écrit de l’endroit vulnérable, à la frontière ténue de la construction et de la déconstruction. De ce moment précis où l’une bascule dans l’autre, de ce millième de seconde de fragilité à l’extrême, flanquée dans la lézarde, l’auteur recrache le flot poétique de la douleur filiale. En résulte un premier roman organique, mouvant et émouvant, où les images affluent dans une langue moderne et singulière, et où les règles élémentaires de la grammaire ploient sous l’émotion et son urgence souveraine.

 

c6c72b5439f57b17a934fb125d4ce27c.jpgWANTED : Mélanie Cuvelier, 23 ans
Signe particulier :écoute Barbara
Casier littéraire : « Les mots ça m’est égal » Eds Sarbacane

Autre tisseuse du verbe, Mélanie Cuvelier, qui avec « Les mots ça m’est égal » compose un premier roman à la poésie impeccable. Un texte écrit entre les lignes d’un hôpital psychiatrique, dans l’indicible peine d’une vie un brin volée, récit d’un mental déstructuré et privé de ses repères. Dans une langue revisitée, à l’imagerie sensible et personnelle, Mélanie Cuvelier dresse le portrait de Jeanne, qui évolue comme à rebours au milieu des blouses et des peignoirs. Une errance fragile où l’écriture aussi mélancolique que mélodique est propice à l’expression du malaise, définie comme un espace de soi à soi, intime et singulier.

 

 

498c64efe9d3dff6ef1766fcedb327ea.jpgWANTED : Chloé Delaume, 34ans
Signe particulier :habite le corps d’une entité humaine
Casier littéraire :Vaste. Recherché pour « La nuit je suis Buffy Summers » Eds ERE

Treizième ouvrage de Chloé Delaume, « La nuit je suis Buffy Summers » s’écrit comme une superstition : en vous laissant la faculté de vous y mouvoir, avec vos doutes, vos craintes, vos peurs et vos espoirs. S’inspirant de la grande mouvance des années 80, ces fameux « livres dont vous êtes le héros », Chloé Delaume excelle dans la mise en scène de son lecteur, à qui elle laisse les clés d’un univers parfaitement agencé pourtant loin d’être confortable en raison des pièges qui vous y sont tendus. Fiction nouvelle génération, son écriture rythmique toute en voix intérieures et en narration sensorielle
 vous transporte dans l’apnée d’un nouveau corps : habitué à cette seconde peau, amnésique et livré à vous-même dans l’obscurité froide d’un décor d’hôpital, vous devrez dissocier le bien du mal, deviner la fiction à l’intérieur de la fiction, et peut-être, sauver le monde…

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Portrait #1  posté le mardi 27 novembre 2007 19:11

Virginie Despentes, autopsie d'une alternative

Par Antoine, pour CiteG

« Il y a des hommes plutôt faits pour la cueillette, la décoration d'intérieur et les enfants au parc, et des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth, faire du bruit et des embuscades » - Virginie Despentes - King Kong Theory


ad4d694c6a44d9bcdaa0b6ec5338523d.jpgElle est de celles, comme elle dit. « J'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf ». Elle écrit là mais de partout. Les yeux loin au-dedans. Portraits de femmes et d'hommes qu'elle aligne dans ses romans, blessés, friables, et pour autant pas chiants, des personnages pas épargnés mais fondamentalement insoumis. Belle alchimie de désespoir et de révolte. Et ça force le respect, ce malaise là saisi directement à la gorge et qu'elle achève sous des litres d'encre. Elle écrit de cette cassure, habitée par la fêlure ou l'habitant toute entière, c'est selon. Dans cet interstice exigu, dans lequel il serait simple de basculer d'un côté ou de l'autre, Virginie Despentes maintient l'équilibre. « Je ne m'excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n'échangerais ma place contre aucune autre, parce qu'être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n'importe quelle autre affaire ». Et comment.


Considérée encore aujourd'hui comme une figure emblématique du nouvel élan rencontrée par la littérature française dans les années 90, loin des cultures académiques et pompeuses, l'auteur à l'aura de rock star, longtemps baptisée « l'auteur de Baise-moi », est la continuité logique et sûre d'une énergie populaire et décomplexée, entraînant dans son sillage une mouvance d'auteurs nourris de musique rock et de culture urbaine.


Ses romans au style oral et franc se nourrissent d'une sensibilité écorchée et d'une réalité brutale. Grammaire fracturée, vocabulaire organique, thématiques crues et heurtées, c'est tout naturellement qu'elle devient, en quelques publications, une véritable reine de la littérature trash.


De la bio que donne son éditeur on apprendra ceci : « Candidate libre au bac, Virginie Despentes a fait tous les métiers : femme de ménage à Longwy, hôtesse dans un salon de massage à Lyon, pigiste pour des journaux rock et porno ou vendeuse au rayon librairie du Virgin Megastore à Paris ».


Fille unique de fonctionnaires tranquilles, elle brave les interdits familiaux en devenant l'égérie d'une génération qui en a marre d'entendre les mêmes bobards et qui est obligée de dessiner la même vision du bonheur depuis la maternelle. Elle dépeint un monde malsain et sans concession, univers aux cent pas, le long des trottoirs et derrière les portes closes. Le viol, les coups, la violence retournée contre soi ou vers l'extérieur, les blessures que l'on inflige, les envies irrépressibles, sexualités transgressives, désirs inassumés : l'humanité primale qu'on se refuse. Et que d'un coup, ne pas être capable, ne pas pouvoir, ne pas savoir, s'autoriser doucement. S'agit de ne plus culpabiliser de n'être que ce qu'on est. C'est la naissance d'une alternative au consensus ambiant.  


Malgré et sans doute à cause d'un talent incontestable pour frapper ferme en dessous de la ceinture et décrire les failles et les faiblesses de la société qui l'entoure, les débuts furent évidemment difficiles. Faire accepter une écriture si peu complaisante impliquait une révolution des mentalités, et a probablement marqué une étape dans la politique éditoriale de certaines maisons d'éditions. Les refus pleuvent, mais un nouvel éditeur, Florent Massot, soutient ce ton singulier. La polémique n'a pas traîné : là où certains ont vu en Despentes un véritable phénomène culturel, d'autres ont parlé de « littérature vidéo », une littérature creuse qui se contenterait de rapporter un monde glauque où le sexe ne serait qu'un outil facile. Rejet. Procès d'intention. Le même geste toujours et depuis la nuit des temps : tourner la tête, ne pas concevoir. C'est le lynchage médiatique.


Très vite taxée d'une image de scandaleuse après la sortie de son premier roman, le sulfureux et injecté Baise-moi, elle a su démontrer qu'au-delà du scandale annoncé, prenait forme sous sa plume un véritable propos. Dans ce roman notamment, la « désobéissance » est totale. Beaucoup aurait attendu d'une jeune femme de la vingtaine un roman sur son premier chagrin amoureux, plein de théories en rose et bleu, elle livrera le récit d'une destruction fulgurante de soi et de ses acquis, où sa plume éclate les interdits et s'engage afin de mettre à jour une société où les discriminations sexuelles et les abus sont incontestables. L'impact dans le mental de ses nombreux détracteurs est d'autant plus violent, qu'elle met en avant des mécanismes fatalement humains. Despentes devient « l'homme à abattre », ou plus bêtement la femme à soumettre. Mauvaise pioche, son stylo s'essouffle moins vite que les mauvaises langues.


Virginie Despentes, malgré la polémique, ne s'arrêtera pas en si bon chemin, en 1996 paraît son second roman, Les chiennes savantes aux éditions Florent Massot, un succès qui la confirme en tant qu'écrivain. En 1997, son troisième opus les Jolies Choses chez Grasset, lui vaut la récompense du Prix de Flore en 1998 et le prix St Valentin en 1999. C'est d'ailleurs cette même année que parait Mordre au travers, aux éditions Librio, son recueil de nouvelles au succès phénoménal. Suit en 2002 Teen Spirit aux éditions Grasset puis en 2004 bye bye Blondie, suivi deux ans plus tard de King Kong Theory. C'est au travers de ses succès, de ses récompenses, et du soutien inconditionnel de ses lecteurs, qu'en véritable auteur de talent, Virginie Despentes a su s'imposer. Non seulement elle, mais sa vision du monde, assurément.

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Perso #1  posté le mardi 27 novembre 2007 19:10

De plus en plus la jeune littérature puise ses influences dans la musique, le cinéma, les séries télés. L'impact populaire bouscule les préjugés élitistes et intellectuels. Les codes changent, évoluent : l’écriture devient orale, dans la trajectoire d’un métissage urbain et culturel où les récits se construisent dans une dynamique poétique et organique. Langue fracturée, reconstruite, libérée, décomplexée : le verbe, mué en véritable outil générationnel, s’acoquine à la culture du bitume, implacable et cassante, pour en traduire l’essence.

Dans ce nouveau paysage éditorial, les éditions Sarbacane et la collection Exprim’ font un travail singulier, basé sur des textes urbains nourris de ces énergies. Fables hip hop, contes actuels ou récits réalistes dopés à la prose moderne. Des titres comme « Sarcelles Dakar», « Treizième avenir», « Hip hop connexion » et d’autres, colorent les librairies et les esprits. La litté n’est plus alitée.

Une bande-son inaugure chacun de leurs ouvrages, reflet de la rythmique des différents univers qui cadencent la collection.

Continuité logique, le décor de « Je reviens de mourir », mon premier roman, fable noire sur la collision de deux trajectoires (à paraître en janvier 2008) s’esquisse dans une bande-annonce (disponible sur Dailymotion, Youtube, Myspace - lien direct ci dessous) ; pour compléter la dynamique et les influences dans lesquelles toute cette littérature nouvelle génération a trouvé naissance.

Bande-annonce "Je reviens de mourir"


(A suivre prochainement sur dailymotion, myspace ou encore youtube, des lectures d’extraits du roman par les rappeuses Sté Strausz et Princess Aniès).
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