
Passer en revue le blabla noir sur blanc. Je les vois parler de
cette littérature que j'aime, avec ce même
dédain pourri de quand j'avais seize ans. Dix ans plus tard,
même pas le yota atteint, j’ai beau checker
l’alentour je vois rien dans ce qu’ils estiment
être les hautes sphères culturelles
qui ressemble à autre chose, rien que les mêmes
panoplies de blaireaux grandiloquents, dézinguant les
nouveaux codes, pores suintant une sorte de souveraineté
sénile. Ça flaire bon le connard ventripotent,
djembé nombrilistique qui claque le rythme de ce
qu’ils estiment être de bon ton. Un tam tam de
conneries. On connaît la chanson.
Surtout,
oublier la flexibilité liée aux mutations
culturelles, s’accrocher vaille que vaille à cette
France des lumières, noble et prestigieuse, continuer cet
éclairage classieux à l’obsolète
chandelle, quand sous les toits du peuple on s’éclaire
pour deux sous à l’électricité. Vaste
fumisterie.
Voyons
le portrait robot. Son stylo un métronome létal,
agité sur un papier où il est simple de prendre droit
de vie ou de mort. Le cheveu est gras, l’haleine
chargée de relents aigres. Se débattent dans
l’intestin de bons repas en sauce dilués dans du
bordeaux, confort tranquille et gras du bonhomme dont les mots
d’esprits semés vise une récolte
immédiate. Ses études sont prétexte à
certitudes masturbatoires. Son appart est poussiéreux,
comprendre par là qu’il a « du
cachet », les piles de livres qui craquent les
étagères structurent parfaitement l’esprit
étriqué et chiant, le mental tout autant.
L’intellect se veut exigeant et poussé, en
vrai exigé et poussif. Système de valeurs
impossible à redéfinir, sinon tout tombe et ce
n’est pas concevable. L’odeur de renfermé vient
de l’intérieur, aucune fenêtre ne s’ouvre
que pour déverser cette bile de peine à jouir. Rien
ne s’aère. Au fond du slip blanc cotonneux,
probablement, la matière première de ses feuillets,
petits filets de merde efficaces et discrets. Ce soir, comme
d’autres soirs, gargarismes crasseux, de comment monsieur
pense bien et de la bonne façon, de comment son avis sur
tout est le meilleur à suivre, et ses lecteurs pour lui rien
que des veaux dont il tend à faire une éducation
propre et scolaire. Il malmène la littérature, comme
sans doute il malmène sa femme, la serrant à
l’étouffement pour empêcher l’envergure,
l’écoutant d’une oreille, surtout ne pas en
considérer l’élan, vouloir qu’elle
n’existe pas au-delà de ses frontières
d’homme blanc occidental issu de bonne famille. Son
taf dans un journal, il s’y accroche comme à son
zguegue, le petit peu de pouvoir qui lui permet encore de baiser
crânement.
Avec lui, comme des hordes, armée glaireuse de vieux cons,
enchevêtrements de cadavres qui ne ressentent plus rien,
juste prompt à se gaver du viagra littéraire dont ils
connaissent si bien la composition : archaïsme,
académisme, hermétisme à
l’énergie populaire. Le même tartare de
dinosaure dont il recouvre leurs petits fours dans les
soirées cocktails ronflantes en se tapotant le dos comme de
gros bébés roteurs. Rien ne les fait plus bander que
les noms d’auteurs morts, ou les petites chattes
renouvelées qui s’alternent dans leurs fantaisies
ploucs. Une armée qui n’avance pas, reste bien
immobile, espérant que rien ne change, que rien ne bouge.
Préserver les acquis, intellectuels et matériels,
surtout empêcher la littérature de
s’émanciper et de bousculer leur savoir si
précieux, vital à leur bon train de vie. La maintenir
dans le pieu, par des articles suintants de
supériorité, critiques déconstructrices,
annonce d’une mort imminente du roman français,
c’est juste en coudre les lèvres, en miner les
contours.
Et que tout va bien, dans cette France là,
sclérosée et pesante, inapte à la
transformation déjà diluée dans sa
sève. C’est eux qui vous le disent. Des connards de
salon, installés et sereins face à la masse
domptée du peuple dont ils s’estiment les garants.
Face à l'intelligentzia bourgeoise, écrire semble
être devenu un acte de lutte populaire, acte de
résistance face à une pensée culturelle
patriarcale et autoritaire, uniforme et frigide. Une forme digne de
révolution.
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Ca donne très envie de lire ton bouquin -et tes autres notes.
Continue!
Alexis.