28 janvier 2008, de quoi faire claquer les warnings : le double
cd/dvd, "Au carrefour de ma douleur", production en indé
made in Princess Aniès du
côté de Tilt Prod. Primo ça se
toise avec respect, visuel bien lêché,
l'esthétique mise sur une évidente et
élégante fragilité : profondeur froide de la
gadji en porcelaine sous le regard mêché. Ne pas s'y
tromper, c'est bien de l'incassable, attitude rigide et
digne sous le poids des confidences qui vont suivre,
réelles ou fictives ("
Chagrin de haine",
"
Silence elle tourne"). C'est le retour de l'asiat' du 95,
qui n'a pas cessé d'avancer depuis
Conte de faits
(2002) et
Ma ptite histoire (2006). Pour le
début 2008, un instantané, un polaroid : bilan
à mi-chemin avant l'album? une vidange nécessaire de
la rage gobée dans l'atmosphère crasseuse d'une
france malmenée en 2007 ("
Pourquoi tu m'entends
pas?", "
La vie qu'on mène",
"
Chargez"), d'un monde par extension ("
Au carrefour de
la douleur"), avant de reprendre le chemin du studio.
"
T'inquiète" et c'est certain, la princess garde
l'oeil ouvert, à mater le bazard dans le périscope,
maniant les lyrics avec l'instinct du sniper ("
Trop
despee"). Si son bilan du rap-biz n'est pas
tendre ("
Les étoiles", "
Une
décennie", "
La zic et moi") c'est parce que le
coeur d'Aniès est aussi grand que passionné, aussi
prompt à se remplir du bon que du mauvais qu'on trouve dans
l'aventure hip hop. En résulte un album terriblement
hybride, entre l'individuel et le collectif, entre le black-out et
la lumière, polyforme (cd + dvd), assurément
chargé de sincérité et
délibérément frontal. Une confidence
crachée à l'hygiaphone. Difficile de s'attendre
à moins après écoute des
précédentes galettes, mais ravi de
trouver ce truc en plus dès les premiers morceaux
: une étape supplémentaire, du recul, de
l'ampleur. Un nouveau projet de belle envergure et
d'une franchise évidente.
A noter dans le dvd regorgeant d'interviews,
de clips et de bonus, le journal de bord retraçant le
séjour de Princess Aniès au Darfour et les raisons de
son engagement pour cette cause terriblement essentielle.