Accueil Date de création : 27/11/07 / Dernière mise à jour : 04/04/08 22:15 / 17 articles publiés

Comment devenir un dieu vivant - Julien Blanc-Gras  posté le vendredi 04 avril 2008 22:07

 

Comment devenir un dieu vivant n’est pas un manuel de remise en forme, ni la biographie de Mike Jagger. Il ne vous donnera pas le secret pour avoir des abdos en béton, ni les tuyaux de longévité des plus grandes rockstars du panthéon. Comment devenir un dieu vivant est un roman tragi-comique sur la fin du monde. D’un monde plus précisément, où la médiatisation du vide achève de décimer les étoiles et d’engranger cette culture du néant dans la marmite télévisuelle. Dans cet univers sans lumière et sans rêve, William Andy se voit propulsé star de son propre show, l’émission « Et alors ? », psalmodiant avec une foi sûre cette fin du monde imminente, sur fond de blagues potaches et d’alarmisme désabusé. Dans cette attente de la fin s’autorisent de belles trajectoires jusque là circonscrites : il y a Max le pote de loose des débuts, Tim le geek addict et ses avatars virtuels, la belle Lucy aussi, qui semble être la seule belle planète à sauver dans le système solaire de Will et autour de qui les symboliques affluent. Car Comment devenir un dieu vivant apparaît avant tout comme un roman sur la conscience. De soi, de son monde, de sa survie, de sa fin, des gens qui nous habitent et qui nous désertent. Le récit d’un épicentre, d’un moi à l’intérieur d’un tout. Sous des allures de drôlerie, la construction lente d’un bonhomme dans la déconstruction de ce qui l’entoure. Avec ce roman cynique, décalé, dopé directement dans la grosse veine, Julien Blanc Gras nous montre surtout, avant de devenir un dieu, comment devenir vivant, tout simplement.

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Pas raccord - Stephen Chbosky (Trad. Blandine Longre)  posté le vendredi 04 avril 2008 21:52

 

 

Militant actif pour la défense des droits des homosexuels à NY, Stephen Chbosky est un témoin pluridisciplinaire : écrivain, scénariste, éditeur, réalisateur, autant de casquettes qui n’ont d’autre but que de témoigner d’une réalité où marginaux et vilains petits canards ont une place prépondérante. Pas étonnant, donc, de le retrouver co-créateur de la série « Jericho » (actuellement diffusée sur M6) où l’isolement et ses dérives sont des données obsessionnelles de premier plan.

« Pas raccord » est la traduction du roman culte « The perks of being a wallflower », traduit dans pas moins de six langues. On y suit Charlie, un ado « freak » pour ses petits camarades, lycéens formatés, mais un surdoué pour son prof de littérature qui tente de l’éveiller à sa singularité en lui proposant des oeuvres exigeantes et hors circuit. Bonhomme à deux vitesses, en dehors des normes assurément, et "parce qu'il est unique, le monde dans lequel il vit ne lui pardonnera pas d'exister". On se réjouit quand le pote homo et la jolie Sam décident de le prendre sous leur aile, de séances du Rocky Horror Picture Show en apprentissage de soi et de la vie : l’éveil est total. Le tour de force de Stephen Chbosky est de restituer cette adolescence faussement naïve, dont les bouleversements se révèlent à la fois drôles et douloureux. La langue chahutée du héros de l’édition originale est parfaitement confortée dans cette traduction habitée de Blandine Longre, restituant la singularité du bonhomme : de la (dé)construction syntaxique particulière et baignée d’un lexique azimuté, émerge un Charlie à fleur de peau, tout en décharges, faux contacts et explosions.

 

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Les micro éditions Impact Verbal  posté le lundi 03 mars 2008 01:11

 

 Petite présentation de mon nouveau bébé :

Site web : http://www.edsimpactverbal.com


IMPACT VERBAL est une association de loi 1901, fondée en novembre 2007, s’inscrivant dans une optique culturelle et citoyenne.
Œuvrant dans un véritable but de cohésion sociale et culturelle, l’identité même des éditions IMPACT VERBAL s’est forgée à travers celles de ses fondateurs : acteurs du milieu social, journalistes, artistes variés et protagonistes du domaine associatif citoyen.
Forte de motivations claires, l’objectif des micro éditions IMPACT VERBAL est de promouvoir les nouvelles influences culturelles et/ou de sensibiliser le grand public à une réflexion autour de questions d’actualités. En développant des alternatives de pensée, elles souhaitent amener les lecteurs à s’interroger sur des problématiques essentielles actuelles et contribuer à leur appréhension.

En privilégiant des formats courts et des prix miniatures (2 à 3 euros) les micro éditions IMPACT VERBAL visent à partager des propos et des messages avec le plus grand nombre. Diffusés en dehors des librairies (bars, salles de concerts, lieux culturels, salles d'expos, cinémas, etc.) les ouvrages du catalogue sont destinés à un public large et populaire.


A travers des supports d’alternatives de pensées, des outils de contre-culture, des fictions sociales, Impact Verbal a envie de croire qu'un autre monde est possible. Notre envie? s'inscrire dans des axes citoyens, contestataires, oserions nous dire "engagés"?


Dans une France sclérosée et pesante, où les élites intellectuelles s’accrochent vaille que vaille à une France des lumières, noble et prestigieuse, et continuent cet éclairage classieux à l’obsolète chandelle, sous les toits du peuple on s’éclaire pour deux sous à l’électricité. Face à l'intelligentzia bourgeoise, écrire semble être devenu un acte de lutte populaire, acte de résistance face à une pensée culturelle patriarcale et autoritaire, uniforme et frigide. Une forme digne de révolution.


 

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De la révolution en littérature  posté le mercredi 13 février 2008 19:46


Passer en revue le blabla noir sur blanc. Je les vois parler de cette littérature que j'aime, avec ce même dédain pourri de quand j'avais seize ans. Dix ans plus tard, même pas le yota atteint, j’ai beau checker l’alentour je vois rien dans ce qu’ils estiment être les hautes sphères culturelles qui ressemble à autre chose, rien que les mêmes panoplies de blaireaux grandiloquents, dézinguant les nouveaux codes, pores suintant une sorte de souveraineté sénile. Ça flaire bon le connard ventripotent, djembé nombrilistique qui claque le rythme de ce qu’ils estiment être de bon ton. Un tam tam de conneries. On connaît la chanson.

Surtout, oublier la flexibilité liée aux mutations culturelles, s’accrocher vaille que vaille à cette France des lumières, noble et prestigieuse, continuer cet éclairage classieux à l’obsolète chandelle, quand sous les toits du peuple on s’éclaire pour deux sous à l’électricité. Vaste fumisterie.

Voyons le portrait robot. Son stylo un métronome létal, agité sur un papier où il est simple de prendre droit de vie ou de mort. Le cheveu est gras, l’haleine chargée de relents aigres. Se débattent dans l’intestin de bons repas en sauce dilués dans du bordeaux, confort tranquille et gras du bonhomme dont les mots d’esprits semés vise une récolte immédiate. Ses études sont prétexte à certitudes masturbatoires. Son appart est poussiéreux, comprendre par là qu’il a « du cachet », les piles de livres qui craquent les étagères structurent parfaitement l’esprit étriqué et chiant, le mental tout autant. L’intellect se veut exigeant et poussé, en vrai exigé et poussif. Système de valeurs impossible à redéfinir, sinon tout tombe et ce n’est pas concevable. L’odeur de renfermé vient de l’intérieur, aucune fenêtre ne s’ouvre que pour déverser cette bile de peine à jouir. Rien ne s’aère. Au fond du slip blanc cotonneux, probablement, la matière première de ses feuillets, petits filets de merde efficaces et discrets. Ce soir, comme d’autres soirs, gargarismes crasseux, de comment monsieur pense bien et de la bonne façon, de comment son avis sur tout est le meilleur à suivre, et ses lecteurs pour lui rien que des veaux dont il tend à faire une éducation propre et scolaire. Il malmène la littérature, comme sans doute il malmène sa femme, la serrant à l’étouffement pour empêcher l’envergure, l’écoutant d’une oreille, surtout ne pas en considérer l’élan, vouloir qu’elle n’existe pas au-delà de ses frontières d’homme blanc occidental issu de bonne famille. Son taf dans un journal, il s’y accroche comme à son zguegue, le petit peu de pouvoir qui lui permet encore de baiser crânement.

Avec lui, comme des hordes, armée glaireuse de vieux cons, enchevêtrements de cadavres qui ne ressentent plus rien, juste prompt à se gaver du viagra littéraire dont ils connaissent si bien la composition : archaïsme, académisme, hermétisme à l’énergie populaire. Le même tartare de dinosaure dont il recouvre leurs petits fours dans les soirées cocktails ronflantes en se tapotant le dos comme de gros bébés roteurs. Rien ne les fait plus bander que les noms d’auteurs morts, ou les petites chattes renouvelées qui s’alternent dans leurs fantaisies ploucs. Une armée qui n’avance pas, reste bien immobile, espérant que rien ne change, que rien ne bouge. Préserver les acquis, intellectuels et matériels, surtout empêcher la littérature de s’émanciper et de bousculer leur savoir si précieux, vital à leur bon train de vie. La maintenir dans le pieu, par des articles suintants de supériorité, critiques déconstructrices, annonce d’une mort imminente du roman français, c’est juste en coudre les lèvres, en miner les contours.

Et que tout va bien, dans cette France là, sclérosée et pesante, inapte à la transformation déjà diluée dans sa sève. C’est eux qui vous le disent. Des connards de salon, installés et sereins face à la masse domptée du peuple dont ils s’estiment les garants. Face à l'intelligentzia bourgeoise, écrire semble être devenu un acte de lutte populaire, acte de résistance face à une pensée culturelle patriarcale et autoritaire, uniforme et frigide. Une forme digne de révolution.   

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Au carrefour de ma douleur - Princess Aniès  posté le mardi 05 février 2008 21:37

28 janvier 2008, de quoi faire claquer les warnings : le double cd/dvd, "Au carrefour de ma douleur", production en indé made in Princess Aniès du côté de Tilt Prod. Primo ça se toise avec respect, visuel bien lêché, l'esthétique mise sur une évidente et élégante fragilité : profondeur froide de la gadji en porcelaine sous le regard mêché. Ne pas s'y tromper, c'est bien de l'incassable, attitude rigide et digne sous le poids des confidences qui vont suivre, réelles ou fictives ("Chagrin de haine", "Silence elle tourne"). C'est le retour de l'asiat' du 95, qui n'a pas cessé d'avancer depuis Conte de faits (2002) et Ma ptite histoire (2006). Pour le début 2008, un instantané, un polaroid : bilan à mi-chemin avant l'album? une vidange nécessaire de la rage gobée dans l'atmosphère crasseuse d'une france malmenée en 2007 ("Pourquoi tu m'entends pas?", "La vie qu'on mène", "Chargez"), d'un monde par extension ("Au carrefour de la douleur"), avant de reprendre le chemin du studio. "T'inquiète" et c'est certain, la princess garde l'oeil ouvert, à mater le bazard dans le périscope, maniant les lyrics avec l'instinct du sniper ("Trop despee"). Si son bilan du rap-biz n'est pas tendre ("Les étoiles", "Une décennie", "La zic et moi") c'est parce que le coeur d'Aniès est aussi grand que passionné, aussi prompt à se remplir du bon que du mauvais qu'on trouve dans l'aventure hip hop. En résulte un album terriblement hybride, entre l'individuel et le collectif, entre le black-out et la lumière, polyforme (cd + dvd), assurément chargé de sincérité et délibérément frontal. Une confidence crachée à l'hygiaphone. Difficile de s'attendre à moins après écoute des précédentes galettes, mais ravi de trouver ce truc en plus dès les premiers morceaux : une étape supplémentaire, du recul, de l'ampleur. Un nouveau projet de belle envergure et d'une franchise évidente.
A noter dans le dvd regorgeant d'interviews, de clips et de bonus, le journal de bord retraçant le séjour de Princess Aniès au Darfour et les raisons de son engagement pour cette cause terriblement essentielle.
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